Le supermarché

Nombre de parents évoquent le supermarché comme une source de conflits ou de crises avec leurs enfants. Au point de redouter ce temps souvent incontournable de nos vies modernes. Comment alors faire de nos courses un moment qui ne vire pas au drame ou ne soit un moment d'exercice de la violence éducative ordinaire ?


Aujourd'hui, même avec un jardin et des producteurs à proximité, il est bien difficile de se passer du supermarché. Si bien que nous sommes parfois contraints d'y passer un temps parfois conséquent. D'après l'INSEE (dans l'étude n°1533 paru en 2015), la population urbaine consacre une moyenne de 2h41mn/semaine à faire des courses. Un cinquième de la population trouverait même que les courses sont une corvée. Et si l'on se concentre sur la catégorie des pères et mères de famille, c'est alors 25% qui estiment que ce temps passé en courses est une corvée.


Avez-vous déjà pris le temps d'observer comment vous faites vos courses ?



Comment vous sentez-vous dans votre lieu habituel d'achat ? En sortant du supermarché, comment êtes vous ? Joyeux(se), satisfait(e), fatigué(e) ?


Avez-vous déjà pris le temps de chronométrer le temps passé dans un supermarché ? Est-il identique au temps que vous aviez prévu d'y passer ou êtes-vous victime du "syndrome Ikea" (syndrome non répertorié par l'académie de médecine mais dont sont victimes la plupart des clients de l'enseigne suédoise : vous y entrez pour un petit achat, vous en ressortez 2h plus tard avec toutes sortes d'articles, parfois même sans celui pour lequel vous étiez venu(e) au départ !) ?




Pour ma part, aller au supermarché est très clairement une corvée et tous les prétextes seront bons pour repousser l'échéance. J'y suis bien souvent victime du syndrome décrit précédemment et même en me tenant à une liste de courses, j'y passe toujours beaucoup plus de temps que ce que j'avais envisagé. Tout est fait, d'ailleurs, pour que le chaland soit déboussolé : pas de lumière du jour, des éclairages puissants, un fond sonore constant (quand vous n'avez pas la "chance" de tomber le jour du camelot !). Nos repères y sont sans cesse chamboulés. Que le premier qui n'a pas pesté en découvrant que le rayon habituel avait changé de place lève la main ! Le choix des couleurs, des vidéos qui tournent en boucle, des rayons disposés de manière à orienter nos choix… Il y a même une véritable science, le marketing, qui consiste à concevoir l'offre en fonction des attentes des consommateurs et qui affecte toute l'organisation de l'entreprise, toute entière tournée vers la satisfaction du client. Sans aller jusqu'à penser que le supermarché est un lieu de perdition (de nombreuses études se sont déjà emparées de cette question), il n'en reste pas moins que, pour moi, c'est un lieu où l'ensemble de mes sens sont sollicités : vue, ouïe, odorat (mmm, la bonne odeur de brioche du rayon boulangerie…), le toucher (à peu près tous les articles peuvent être touchés, essayés, tâtés…) et même parfois le goût avec des dégustations ici et là. Il faut rajouter à cette stimulation sensorielle chaotique le temps nécessaire à mettre les articles sur le tapis, puis dans le chariot et enfin dans la voiture. Et dernier point qui retient mon attention : les relations sociales. Lieu hautement fréquenté, le supermarché est un espace où je suis "contrainte" de fréquenter un nombre conséquent de personnes. Il n'appartient qu'à moi, me direz-vous, de changer mon créneau horaire de courses (quand cela est possible) ou de faire abstraction des autres… Mais il y a aussi les rencontres inévitables de personnes connues, celles que l'on est ravi de rencontrer et les autres, dont on se serait bien passé ! Il faut échanger des politesses et les banalités d'usage pour ne pas paraître grossier, prendre des nouvelles des enfants, du conjoint, etc…


Maintenant, transposons toutes ces sensations, ces émotions, ces contraintes à hauteur d'enfant…

Vous trouverez ici une courte vidéo de la pédiatre Catherine Gueguen qui explique très bien l'immaturité du cerveau de l'enfant : https://www.youtube.com/watch?v=tmQ2RviUrmU&feature=youtu.be)


Imaginons le cerveau d'un petit en pleine croissance, hyper stimulé, complètement désorienté, et sans les mécanismes de raisonnement, d'analyse et de prise de recul de l'adulte… L'enfant est soumis à de multiples sensations, auxquelles peuvent se rajouter la fatigue de la journée (et plus encore si l'on fait les courses après l'école), la faim (exacerbée par les effluves des différents étals), un besoin d'attention, d'isolement, de câlin, etc. Et l'on peut même rajouter les injonctions parentales à rester calme ou à ne rien réclamer.


Imaginez-vous dans un manège de type grand huit, allègrement secoué dans tous les sens, corps et cerveau en surchauffe avec des injonctions contradictoires à ne pas crier mais à rester agréable et poli !!!

Voilà… vous avez tous les ingrédients d'une inévitable crise… Non, votre enfant ne vous tanne pas, ne vous en veut pas, n'est pas le "pire enfant de la terre" (expression entendue à une caisse et dont les conséquences sur le dit enfant m'ont laissée plus que songeuse), son cerveau est tout simplement incapable de gérer la surcharge. La crise devient alors le seul moyen pour lui de tirer le signal d'alarme. Certains auront besoin de pleurer (sans "raison" apparente), d'autres seront incapables de se contenir (et cela peut se traduire par une incapacité à rester continent), d'autres enfin chercheront à tout prix à se raccrocher à un élément connu pour sa capacité à procurer rapidement plaisir et apaisement… comme des bonbons, un jouet… Cela vous rappelle quelque chose ?




Il n'est pas ici question de dire qu'il ne faut pas emmener ses enfants au supermarché. D'une part, parce que cela n'est pas forcément possible et d'autre part, parce que c'est aussi un lieu de découvertes. Mais prendre conscience de tout ce qui se joue dans le cerveau et le corps de votre enfant peut permettre de s'ajuster et d'éviter le pire, pour lui et pour vous. S'il est difficile aujourd'hui de se passer du supermarché (ne serait-ce que parce qu'il n'y a que là que l'on y trouve certains produits de la vie courante), il peut être intéressant de choisir un horaire peut-être plus favorable pour tous ou d'utiliser les services de type drive ou bien encore de confier son enfant pendant les courses (pourquoi ne pas s'arranger avec une amie qui garderait votre petit et inversement ?)…

Toutes les solutions sont intéressantes dès lors qu'elles vous sont adaptées et qu'elles sont le fruit d'une observation bienveillante de ce qui se joue pour vous dans un tel lieu.